Jeûne d’Achoura : le 10 Mouharram, le neuvième jour et son mérite

Quatre récits pour distinguer l’histoire du jeûne, son mérite et les jours à préparer.

4 hadiths expliquésFrançais & arabeSources et références

Achoura correspond au 10 de Mouharram, le premier mois du calendrier musulman. Le jeûne de ce jour est volontaire. Les questions reviennent chaque année : pourquoi jeûner, faut-il aussi préparer la veille, et que signifie l’expiation annoncée ?

Ces quatre hadiths permettent de répondre sans réduire Achoura à une date dans un agenda. Le récit sur Moïse explique un échange à Médine ; celui d’Aisha précise l’évolution du statut du jeûne ; les deux textes de Muslim distinguent le mérite du dixième et l’intention de jeûner le neuvième.

Mouharram : préparer la veille et AchouraDeux dates lunaires, avec des éléments distincts dans les récits.
  1. 9La veille

    Intention annoncée de jeûner le neuvième l’année suivante.

  2. 10Achoura

    Jeûne volontaire ; expiation de l’année passée mentionnée.

Le Prophète ﷺ mourut avant l’année suivante : l’intention annoncée ne doit pas être racontée comme un acte accompli.

Sahih Muslim 1134a Sahih Muslim 1162b Sahih al-Bukhari 2002

Sommaire de l’article

À Médine, le récit de Moïse et des enfants d’Israël

Le contexte du récit

Ibn Abbas raconte que le Prophète ﷺ vit à Médine des Juifs jeûner Achoura. Interrogés, ils expliquèrent qu’Allah avait sauvé les enfants d’Israël de leur ennemi et que Moïse avait jeûné ce jour. Le Prophète répondit alors :
Parole prophétique Traduction du sens

« J’ai donc plus de droit que vous à me réclamer de Moïse. »

Traduction du sens d’un extrait
Lire le texte arabe

فَأَنَا أَحَقُّ بِمُوسَى مِنْكُمْ

Comprendre ce hadith

Le récit se termine en précisant que le Prophète ﷺ jeûna ce jour et en ordonna le jeûne. Il relie Achoura à la délivrance de Moïse et de son peuple par Allah.

Ce récit ne dit pas que le Prophète découvrit pour la première fois le jeûne d’Achoura à Médine. Aisha rapporte au contraire qu’il le pratiquait déjà auparavant, comme l’explique le passage suivant. Lire les deux récits évite de confondre un échange sur le sens de ce jour avec le commencement de sa pratique.

Après l’obligation de Ramadan, Achoura reste un choix

Le contexte du récit

Aisha rapporte que Quraysh jeûnait Achoura avant l’islam et que le Messager d’Allah ﷺ le jeûnait aussi. À Médine, il continua et en ordonna le jeûne. Puis Ramadan fut prescrit. La fin du récit précise le choix laissé ensuite :
Fin du récit d’Aisha Traduction du sens

« Celui qui le voulait le jeûnait, et celui qui le voulait le délaissait. »

Traduction du sens d’un extrait
Lire le texte arabe

فَمَنْ شَاءَ صَامَهُ، وَمَنْ شَاءَ تَرَكَهُ

Comprendre ce hadith

Le jeûne d’Achoura ne possède donc pas le même statut que celui de Ramadan. La recommandation et le mérite exposés dans les autres hadiths demeurent, mais il ne faut pas présenter ce jour comme une obligation annuelle équivalente à Ramadan.

Cette distinction change aussi la façon d’en parler à ses proches. Proposer de préparer ensemble le repas avant l’aube peut faciliter le jeûne ; reprocher à quelqu’un de ne pas observer une obligation qui n’en est pas une déforme le texte. Les jours obligatoires à rattraper ne sont pas remplacés automatiquement par un programme volontaire.

Lire aussi : organiser le jeûne en respectant les droits de la famille.

Le mérite annoncé : l’expiation de l’année passée

Le contexte du récit

Abu Qatada rapporte que le Prophète ﷺ fut interrogé sur le jeûne d’Arafat, puis sur celui d’Achoura. Nous citons seulement sa réponse concernant Achoura.
Parole prophétique Traduction du sens

« Il expie l’année passée. »

Traduction du sens d’un extrait
Lire le texte arabe

يُكَفِّرُ السَّنَةَ الْمَاضِيَةَ

Comprendre ce hadith

La formulation porte sur l’année passée. La réponse sur Arafat mentionne, elle, l’année passée et celle à venir. Ces deux occasions de jeûne n’ont pas une formulation identique : une affiche ou un message partagé doit préserver la différence.

Le pardon espéré appelle une démarche sincère. Il ne transforme pas le jeûne en permission de recommencer une faute et ne dispense pas de réparer un tort envers autrui. Le hadith donne une raison d’espérer et de jeûner ; il ne permet pas de certifier à une personne que toutes ses responsabilités sont désormais effacées.

Lire aussi : le jeûne d’Arafat pour les non-pèlerins.

Pourquoi associer le neuvième jour au dixième ?

Le contexte du récit

Ibn Abbas rapporte que les compagnons signalèrent au Prophète ﷺ qu’Achoura était un jour honoré par les Juifs et les Chrétiens. Après avoir jeûné Achoura et en avoir recommandé le jeûne, il annonça son intention pour l’année suivante :
Parole prophétique Traduction du sens

« Si l’année prochaine arrive, si Allah le veut, nous jeûnerons le neuvième jour. »

Traduction du sens d’un extrait
Lire le texte arabe

فَإِذَا كَانَ الْعَامُ الْمُقْبِلُ - إِنْ شَاءَ اللَّهُ - صُمْنَا الْيَوْمَ التَّاسِعَ

Comprendre ce hadith

Ibn Abbas ajoute que le Prophète ﷺ mourut avant l’année suivante. Il faut donc parler d’une intention annoncée, et non raconter qu’il jeûna effectivement le neuvième l’année suivante.

Le dixième de Mouharram est le jour d’Achoura ; le neuvième est la veille. Prévoir les deux permet de tenir compte à la fois du jeûne d’Achoura et de l’intention rapportée ici. Le hadith cité ne mentionne pas un onzième jour : il ne faut pas l’ajouter à cette citation comme s’il figurait dans ses mots.

Vérifiez le début de Mouharram avant d’inscrire ces deux jours dans votre agenda civil. Une date trouvée dans une publication d’une année précédente ne correspondra pas nécessairement à celle de cette année.

En pratique

Sources

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