5 hadiths sur l’aumône :
donner selon ses moyens
Une petite somme, un don discret, un gain licite : comprendre la sadaqa sans oublier les besoins de son foyer.

Faut-il attendre d’avoir beaucoup pour donner ? Et que faire lorsque le budget ne laisse presque rien ? Les hadiths sur l’aumône abordent la petite contribution, la manière de donner et les responsabilités de celui qui donne. Ils montrent aussi que le mot sadaqa peut désigner des actes de bien qui ne sont pas des transferts d’argent.
Ce guide porte sur cette générosité et ses formes. Il ne faut pas confondre toute sadaqa avec la zakat, l’aumône obligatoire qui répond à des conditions propres. Le fait qu’un rappel d’Allah ou une autre bonne action puisse relever de la sadaqa ne signifie pas qu’il remplace une zakat due. Plusieurs récits ci-dessous figurent dans le Livre de la zakat, dont les chapitres abordent aussi l’aumône au sens large.
Sommaire de l’article
Ne pas mépriser la moitié d’une datte
Le contexte du récit
Adi bin Hatim dit avoir entendu le Messager d’Allah ﷺ prononcer cette courte parole.« Protégez-vous du Feu, ne serait-ce qu’avec la moitié d’une datte. »
Lire le texte arabe
اتَّقُوا النَّارَ وَلَوْ بِشِقِّ تَمْرَةٍ
Comprendre ce hadith
Le montant évoqué est volontairement modeste : une partie d’un fruit. Une personne qui ne peut donner qu’une petite somme ne doit donc pas conclure que sa contribution ne mérite même pas d’être faite. Le hadith lie ce geste à la recherche de protection contre le Feu ; sa portée dépasse la seule taille visible du don.
Cela aide aussi à recevoir les dons des autres. Dans une collecte, remercier seulement ceux qui donnent beaucoup laisse entendre que les petites contributions ne comptent pas. Or on ne connaît pas toujours ce qu’un montant représente pour celui qui l’a donné. Un même euro peut être facile à dépenser pour l’un et demander un véritable choix à l’autre.
Si vous souhaitez aider, vous pouvez commencer par une somme réellement disponible, un aliment demandé ou une participation à plusieurs. Vérifiez ce dont la personne ou l’association a besoin : la modestie d’un don n’empêche pas de veiller à son utilité. Il n’est pas nécessaire d’attendre de pouvoir financer à soi seul tout le projet.
Donner à partir d’un gain licite
Le contexte du récit
Abu Hurayra rapporte une parole du Messager d’Allah ﷺ qui associe la valeur d’une petite aumône à l’origine du bien donné. L’image du poulain que l’on élève explique ensuite la croissance de cette aumône auprès d’Allah.« Celui qui donne en aumône l’équivalent d’une datte provenant d’un gain licite — et Allah n’accepte que ce qui est bon — Allah la reçoit de Sa droite, puis la fait croître pour son auteur, comme l’un de vous élève son poulain, jusqu’à ce qu’elle devienne semblable à une montagne. »
Lire le texte arabe
مَنْ تَصَدَّقَ بِعَدْلِ تَمْرَةٍ مِنْ كَسْبٍ طَيِّبٍ ـ وَلاَ يَقْبَلُ اللَّهُ إِلاَّ الطَّيِّبَ ـ وَإِنَّ اللَّهَ يَتَقَبَّلُهَا بِيَمِينِهِ، ثُمَّ يُرَبِّيهَا لِصَاحِبِهِ كَمَا يُرَبِّي أَحَدُكُمْ فَلُوَّهُ حَتَّى تَكُونَ مِثْلَ الْجَبَلِ
Comprendre ce hadith
Le texte ne sépare pas la générosité de la manière dont le bien a été acquis. Il commence par un gain licite, puis décrit l’accueil de l’aumône et sa croissance. La promesse n’invite donc pas à obtenir de l’argent par n’importe quel moyen pour ensuite en donner une partie.
La comparaison va jusqu’à son terme : ce qui équivaut à une datte devient semblable à une montagne. Le don initial est petit, mais il n’est pas perdu. Cette croissance auprès d’Allah ne constitue pas une annonce chiffrée d’un revenu futur sur votre compte bancaire.
Avant de donner un objet ou une somme, assurez-vous qu’il vous appartient et que vous pouvez en disposer. L’argent confié pour une dépense précise n’est pas automatiquement disponible pour une collecte, même si sa cause est bonne. De la même façon, prendre un bien à quelqu’un pour le distribuer à une autre personne ne transforme pas l’appropriation en générosité.
Donner sans chercher à être vu
Le contexte du récit
Abu Hurayra rapporte le hadith des sept catégories de personnes qu’Allah abritera sous Son ombre le jour où il n’y aura d’ombre que la Sienne. Parmi elles, le Prophète ﷺ mentionne celle qui donne discrètement. L’extrait suivant concerne cette personne.« Un homme qui fait une aumône et la cache au point que sa main gauche ne sait pas ce que dépense sa main droite. »
Lire le texte arabe
وَرَجُلٌ تَصَدَّقَ بِصَدَقَةٍ فَأَخْفَاهَا حَتَّى لاَ تَعْلَمَ شِمَالُهُ مَا تُنْفِقُ يَمِينُهُ
Comprendre ce hadith
L’image des deux mains exprime une très grande discrétion. Le récit loue un don qui ne dépend pas du regard des témoins. Cette personne fait partie de celles auxquelles est annoncée l’ombre d’Allah ; l’extrait ne doit pas être lu comme une simple règle de bonne présentation sociale.
Donner discrètement peut prendre une forme ordinaire : un virement sans annonce publique, une enveloppe remise à l’écart ou une aide transmise par une personne de confiance. Si le bénéficiaire reçoit directement le don, cela ne signifie pas que le geste devrait être raconté ensuite à tout le voisinage.
La discrétion protège aussi des informations qui ne nous appartiennent pas. Une photographie d’un panier peut révéler un nom, une adresse ou la situation financière d’une famille. Avant de diffuser un compte rendu, demandez-vous ce qui est réellement nécessaire pour informer les donateurs et ce qui expose inutilement la personne aidée.
Le hadith décrit le mérite du don caché. Il ne permet pas de déclarer insincère toute personne dont un don est connu : nous ne connaissons pas son intention ni les raisons qui ont rendu le geste visible.
Commencer par ceux dont on a la charge
Le contexte du récit
Abu Hurayra transmet ce conseil du Prophète ﷺ : l’aumône est évoquée avec les moyens disponibles et avec la priorité due aux personnes à charge. Les deux éléments figurent dans la même parole.« La meilleure aumône est celle qui laisse de quoi subvenir à ses besoins. Commence par ceux dont tu as la charge. »
Lire le texte arabe
خَيْرُ الصَّدَقَةِ مَا كَانَ عَنْ ظَهْرِ غِنًى، وَابْدَأْ بِمَنْ تَعُولُ
Comprendre ce hadith
L’expression arabe ‘an ẓahri ghinā rattache l’aumône à une situation où les besoins restent couverts. Elle n’annule pas le mérite du petit don : elle rappelle qu’il ne faut pas oublier ceux qui dépendent déjà de nous en voulant secourir quelqu’un d’autre.
Avant de promettre une somme, regardez les dépenses nécessaires et les engagements déjà pris. Le repas de vos enfants, les besoins d’une personne à charge ou une somme que vous devez à quelqu’un ne deviennent pas secondaires parce qu’une collecte est émouvante. Une promesse publique faite trop vite peut mettre le foyer en difficulté plusieurs jours après que l’enthousiasme est retombé.
Ce conseil peut libérer d’une comparaison inutile. Vous n’avez pas à égaler le montant annoncé par une personne dont les ressources et les charges sont différentes. Un don plus petit, adapté à ce qui est disponible, peut être fait sans transférer son coût à un proche qui n’a pas choisi cette dépense.
Si votre budget est entièrement absorbé par le nécessaire, le récit suivant montre que l’accès au bien ne s’arrête pas à l’argent que vous pouvez distribuer.
Pour relier le don à la gratitude, lisez reconnaître un bienfait et partager ce que l’on a reçu.
La sadaqa ne se limite pas à l’argent
Le contexte du récit
Abu Dharr al-Ghifari raconte que des compagnons s’inquiètent : les riches prient et jeûnent comme eux, mais peuvent en plus donner leur surplus en aumône. Le Prophète ﷺ leur répond qu’Allah leur a aussi donné de quoi faire la sadaqa. Il mentionne notamment :« Chaque glorification d’Allah est une aumône, chaque proclamation de Sa grandeur est une aumône, chaque louange est une aumône et chaque proclamation de Son unicité est une aumône ; ordonner le bien est une aumône et interdire le mal est une aumône. »
Lire le texte arabe
إِنَّ بِكُلِّ تَسْبِيحَةٍ صَدَقَةً وَكُلِّ تَكْبِيرَةٍ صَدَقَةً وَكُلِّ تَحْمِيدَةٍ صَدَقَةً وَكُلِّ تَهْلِيلَةٍ صَدَقَةً وَأَمْرٌ بِالْمَعْرُوفِ صَدَقَةٌ وَنَهْىٌ عَنْ مُنْكَرٍ صَدَقَةٌ
Comprendre ce hadith
Les compagnons ne demandent pas comment devenir riches ; ils craignent de ne pas pouvoir accéder aux mêmes récompenses. La réponse élargit ce qu’ils comptent comme aumône. La louange d’Allah et les actes de bien ne dépendent pas tous d’un patrimoine.
Les quatre formes de rappel citées correspondent à des paroles connues : subhan Allah, glorifier Allah ; Allahu akbar, proclamer Sa grandeur ; al-hamdu lillah, Le louer ; la ilaha illa Allah, affirmer qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah. Les comprendre aide à les prononcer comme des paroles adressées à Allah, et non comme de simples sons à compter.
Le récit complet poursuit avec l’intimité licite entre époux. Étonnés, les compagnons demandent comment la satisfaction d’un désir peut être récompensée. Le Prophète ﷺ compare alors sa réalisation licite à sa réalisation illicite. Cet échange montre combien le champ du bien décrit dans le hadith est plus large que leur première comparaison avec les riches.
Cet élargissement du mot sadaqa ne dispense pas une personne disposant d’argent d’aider financièrement. Il montre surtout à celle qui n’en dispose pas qu’elle n’est pas exclue de toute aumône.
Pour pratiquer la louange au quotidien, découvrez remercier Allah après un repas ou une boisson.
En pratique
- Votre contribution vous semble trop petiteDonnez ce qui est réellement disponible et utile au besoin identifié, sans attendre de tout financer.Relire le hadith de la demi-datte
- Vous aidez une personne discrètementChoisissez une transmission qui n’expose ni son nom ni sa situation à des tiers.Lire le mérite du don caché
- Une collecte vous pousse à promettre tropVérifiez vos dépenses nécessaires et vos engagements avant de fixer votre contribution.Relire la priorité aux personnes à charge
- Vous ne pouvez pas donner d’argentComprenez les paroles de rappel citées et faites une place à la louange dans votre journée.Lire la réponse aux compagnons
Sources
- Sahih al-Bukhari · 1417Ne pas mépriser la moitié d’une datte
- Sahih al-Bukhari · 1410Donner à partir d’un gain licite
- Sahih al-Bukhari · 1423Donner sans chercher à être vu
- Sahih al-Bukhari · 1426Commencer par ceux dont on a la charge
- Sahih Muslim · 1006La sadaqa ne se limite pas à l’argent
Commentaire du passage sur les besoins de la famille et les dettes : HadeethEnc — sens de « donner en laissant de quoi vivre ».
Revenir au début de la lecture ↑