5 hadiths sur les enfants
et l’éducation
Montrer son affection, enseigner un geste, éviter les reproches et traiter ses enfants avec justice : cinq récits expliqués.

Un enfant doit apprendre beaucoup de choses qu’un adulte accomplit sans y penser : manger avec les autres, attendre, demander, recommencer après une erreur. La manière de lui parler fait partie de cet apprentissage. Il reçoit aussi une éducation à travers l’affection qu’on lui montre et la façon dont les adultes traitent ses frères et sœurs.
Ces cinq récits montrent une parole précise au moment du repas, une affection visible, une grande retenue dans les reproches et une demande de justice. Le dernier fait entendre les pleurs d’un enfant au cours de la prière : le Prophète ﷺ tient compte de la peine que sa mère pourrait éprouver.
Sommaire de l’article
Le Prophète embrasse son petit-fils
Le contexte du récit
Abu Hurayra raconte que le Messager d’Allah ﷺ embrasse al-Hasan ibn ‘Ali. Al-Aqra‘ ibn Habis, assis auprès de lui, déclare qu’il a dix enfants et n’en a embrassé aucun. Le Prophète le regarde, puis lui répond :« Celui qui ne fait pas miséricorde ne reçoit pas de miséricorde. »
Lire le texte arabe
مَنْ لاَ يَرْحَمُ لاَ يُرْحَمُ
Comprendre ce hadith
La réponse suit un geste d’affection envers al-Hasan. Le contraste avec la déclaration d’al-Aqra‘ rend le sens du passage clair : ne jamais montrer de tendresse à ses enfants n’est pas présenté comme une qualité dont se féliciter.
L’affection peut être visible dans un accueil chaleureux, une parole rassurante ou un geste que l’enfant reçoit volontiers. Le récit rapporte un baiser ; il n’oblige pas à transformer l’affection en contact imposé lorsque l’enfant se détourne. L’adulte peut exprimer son attachement d’une autre manière.
Après un désaccord, on peut corriger un comportement tout en rassurant l’enfant : « Je t’aime, mais je ne te laisse pas frapper. » La consigne porte sur le geste à arrêter, sans menacer l’enfant de ne plus l’aimer.
À lire aussi : prendre soin d’un enfant orphelin et tenir compte de ses besoins.
Au repas, enseigner ce que l’enfant doit faire
Le contexte du récit
‘Umar ibn Abi Salama raconte qu’il était un garçon sous la garde du Messager d’Allah ﷺ. Pendant le repas, sa main allait de différents côtés dans le plat commun. Le Prophète s’adresse directement à lui :« Ô garçon, prononce le nom d’Allah, mange avec ta main droite et mange de ce qui est près de toi. »
Lire le texte arabe
يَا غُلاَمُ سَمِّ اللَّهَ، وَكُلْ بِيَمِينِكَ وَكُلْ مِمَّا يَلِيكَ
Comprendre ce hadith
Le conseil contient trois actions que l’enfant peut comprendre et accomplir. Il porte sur ce qui se passe devant lui, à ce repas. ‘Umar ajoute qu’il a ensuite conservé cette manière de manger : le récit rapporte donc aussi la suite donnée à l’enseignement.
L’adulte ne se contente pas de dire que l’enfant mange mal. Il indique ce qu’il attend : mentionner Allah, utiliser la main droite, prendre dans la partie proche du plat. Cette précision permet de corriger un geste sans transformer la correction en jugement général sur l’enfant.
Dans d’autres apprentissages, vous pouvez garder cette distinction : nommer l’action à faire plutôt que répéter « sois sage ». Demander de poser un objet à un endroit déterminé est plus intelligible que reprocher à un enfant de ne jamais être ordonné. Cette application concerne la clarté du conseil ; les trois recommandations du hadith restent, elles, liées au repas.
Anas se souvient de dix années sans parole méprisante
Le contexte du récit
Anas ibn Malik décrit les dix années pendant lesquelles il a servi le Prophète ﷺ. Il rapporte :« J’ai servi le Prophète pendant dix ans. Il ne m’a jamais dit « ouf », ni « pourquoi as-tu fait cela ? », ni « pourquoi ne l’as-tu pas fait ? » »
Lire le texte arabe
خَدَمْتُ النَّبِيَّ صلى الله عليه وسلم عَشْرَ سِنِينَ، فَمَا قَالَ لِي أُفٍّ وَلاَ لِمَ صَنَعْتَ وَلاَ أَلاَّ صَنَعْتَ
Comprendre ce hadith
Anas se souvient que le Prophète ﷺ ne lui disait pas « ouf » et ne lui reprochait pas sans cesse ce qu’il avait fait ou laissé. « Ouf » est ici une expression d’agacement ou de dédain.
Ce témoignage n’efface pas le récit précédent, où le Prophète ﷺ donne une consigne à un garçon. Enseigner et humilier ne sont pas synonymes. On peut montrer le geste attendu sans accumuler des phrases qui font de l’enfant le problème : « encore toi », « tu ne comprends jamais ».
Si de telles paroles sont sorties, un adulte peut reconnaître ce qu’il a dit et le corriger : « Je t’ai parlé durement ; je vais t’expliquer ce que je demande. » Reconnaître sa rudesse permet de maintenir la consigne sans défendre des mots blessants.
Pour approfondir ce comportement, retrouvez le récit d’Anas dans le guide sur la colère.
Être juste dans les dons aux enfants
Le contexte du récit
‘Amir rapporte avoir entendu an-Nu‘man ibn Bashir raconter un don reçu de son père. Sa mère, ‘Amra bint Rawaha, demande que le Prophète ﷺ en soit témoin. Le père vient le voir. Le Prophète lui demande s’il a donné la même chose à tous ses enfants ; il répond que non. Le Prophète dit alors :« Craignez Allah et soyez justes envers vos enfants. »
Lire le texte arabe
فَاتَّقُوا اللَّهَ، وَاعْدِلُوا بَيْنَ أَوْلاَدِكُمْ
Comprendre ce hadith
Le père revient ensuite et reprend son don.
Avant un don important, cette question mérite d’être posée : qu’ont reçu les autres enfants ? Une préférence que l’adulte considère comme anodine peut être très visible pour ceux qui la subissent. Éviter de faire d’un cadeau la récompense d’un enfant « préféré » est une application directe à laquelle une famille peut réfléchir.
Le passage traite d’un don ; il ne suffit pas à régler tous les cas de besoins différents, de handicap, de dépenses d’entretien ou de succession. Pour une décision patrimoniale particulière, il faut exposer la situation complète à une personne compétente. Garder le contexte du don évite de fabriquer à partir d’une phrase un barème pour toutes les dépenses familiales.
Entendre les pleurs et tenir compte de la mère
Le contexte du récit
‘Abdullah ibn Abi Qatada rapporte de son père, Abu Qatada, cette parole du Prophète ﷺ sur la prière qu’il dirige. Le Prophète explique ce qu’il fait quand il entend un enfant pleurer :« Je me lève pour la prière avec l’intention de la prolonger, puis j’entends les pleurs d’un enfant et j’abrège ma prière, car je ne veux pas rendre les choses pénibles à sa mère. »
Lire le texte arabe
إِنِّي لأَقُومُ فِي الصَّلاَةِ أُرِيدُ أَنْ أُطَوِّلَ فِيهَا، فَأَسْمَعُ بُكَاءَ الصَّبِيِّ، فَأَتَجَوَّزُ فِي صَلاَتِي كَرَاهِيَةَ أَنْ أَشُقَّ عَلَى أُمِّهِ
Comprendre ce hadith
Le Prophète ﷺ avait une intention, puis adapte la durée de la prière à ce qu’il entend. Il nomme aussi la mère : les pleurs de l’enfant et la difficulté qu’elle pourrait ressentir ne sont pas ignorés au profit du programme initial.
Le récit invite à considérer ce que vit un parent avec son enfant dans un lieu partagé. Dans une rencontre familiale, proposer une pause ou offrir une aide que le parent accepte peut être plus utile qu’un commentaire désapprobateur. Une personne occupée à apaiser son enfant n’a pas toujours besoin d’un conseil supplémentaire.
Pour le parent, ce texte rappelle que ses contraintes ont été prises en compte dans un acte aussi important que la prière. Il n’a pas à faire semblant qu’un enfant n’a jamais besoin de lui.
Lisez aussi la priorité donnée à la bonne compagnie de la mère.
En pratique
- Vous voulez montrer votre affectionAccueillez votre enfant avec une parole ou un geste de tendresse qu’il reçoit volontiers.Lire le récit d’al-Hasan
- Une consigne n’est pas compriseNommez le geste attendu, comme dans le conseil donné au moment du repas.Lire le conseil à ‘Umar
- Vous multipliez les reprochesReprenez une demande précise en retirant les paroles qui humilient.Lire le témoignage d’Anas
- Vous préparez un don importantRegardez ce qui a été donné à chacun avant de décider.Lire la question sur les dons
- Un parent est débordéProposez une aide adaptée à ce qu’il souhaite, sans ajouter une remarque sur les pleurs.Lire le hadith sur la prière abrégée
Sources
- Sahih al-Bukhari · 5997Le Prophète embrasse son petit-fils
- Sahih al-Bukhari · 5376Au repas, enseigner ce que l’enfant doit faire
- Sahih al-Bukhari · 6038Anas se souvient de dix années sans parole méprisante
- Sahih al-Bukhari · 2587Être juste dans les dons aux enfants
- Sahih al-Bukhari · 707Entendre les pleurs et tenir compte de la mère