Envie et jalousie en islam : distinguer le hasad de l’émulation
Comprendre le hasad, distinguer l’envie nuisible de l’émulation et apprendre à souhaiter le bien d’autrui à travers trois hadiths.

Voir un proche réussir peut réveiller une comparaison douloureuse : « Pourquoi lui et pas moi ? » Cette peine n’est pas identique au souhait qu’il perde ce qu’il a reçu. Le hasad, l’envie nuisible, vise le bienfait d’autrui ; l’émulation pousse à vouloir accomplir un bien semblable.
Les hadiths permettent de distinguer ces deux directions et de choisir comment agir face à la réussite des autres. La jalousie traitée ici concerne leurs biens, leurs capacités ou leurs réussites.
Sommaire de l’article
Ne pas laisser l’envie abîmer la relation
Le contexte du récit
Abu Hurayra transmet un enseignement du Prophète ﷺ sur les relations entre croyants. Il met en garde contre le soupçon et l’espionnage, puis interdit l’envie, le fait de se tourner le dos et la haine. L’extrait reprend la fin de cette parole.« Ne vous enviez pas, ne vous tournez pas le dos et ne vous haïssez pas. Soyez, serviteurs d’Allah, des frères. »
Lire le texte arabe
وَلاَ تَحَاسَدُوا، وَلاَ تَدَابَرُوا، وَلاَ تَبَاغَضُوا، وَكُونُوا عِبَادَ اللَّهِ إِخْوَانًا
Comprendre ce hadith
Le hasad désigne ici l’envie qui supporte mal le bien accordé à autrui, jusqu’à souhaiter qu’il le perde. Il peut concerner un revenu, une réussite, une facilité d’apprentissage ou l’estime reçue par un proche. Le problème n’est pas de vouloir progresser, mais de faire de son bien un mal pour soi.
Cette envie peut se prolonger dans des gestes : diminuer une réussite devant les autres, retirer son aide ou chercher un défaut pour rétablir une supériorité. Quand ces réactions apparaissent, on peut refuser de les nourrir : ne pas publier la remarque blessante, reconnaître un mérite précis, continuer à traiter la personne avec justice.
Une déception sur sa propre situation ne suffit pas à conclure que l’on souhaite du mal à autrui. On peut souffrir de ne pas avoir obtenu une chose tout en désirant que celui qui l’a reçue en profite.
À lire aussi : cesser les comparaisons qui font oublier ses propres bienfaits.
Désirer accomplir le même bien sans priver l’autre
Le contexte du récit
Abdullah ibn Masud rapporte que le Prophète ﷺ cite deux situations dignes d’émulation. L’une concerne une richesse dépensée justement ; l’autre, une sagesse appliquée et enseignée. Le mot traduit ici par envie désigne le désir d’un bien semblable, sans souhaiter sa disparition chez l’autre.« Il n’y a d’envie que dans deux cas : un homme à qui Allah a donné des biens et à qui Il a permis de les dépenser dans la vérité ; et un homme à qui Allah a donné la sagesse, qui juge selon elle et l’enseigne. »
Lire le texte arabe
لاَ حَسَدَ إِلاَّ فِي اثْنَتَيْنِ رَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ مَالاً فَسُلِّطَ عَلَى هَلَكَتِهِ فِي الْحَقِّ، وَرَجُلٌ آتَاهُ اللَّهُ الْحِكْمَةَ، فَهْوَ يَقْضِي بِهَا وَيُعَلِّمُهَا
Comprendre ce hadith
Ce texte n’autorise pas à souhaiter la perte de la richesse ou du savoir d’autrui. Il décrit ce que l’on appelle la ghibta : vouloir pouvoir accomplir un bien semblable. Cette distinction explique pourquoi le même mot « envie » apparaît dans une interdiction et dans ce récit.
Le Prophète ﷺ ne présente pas seulement un homme riche et un homme savant. Il précise ce qu’ils font du don reçu. L’argent est dépensé pour une cause juste ; la sagesse sert à juger et à enseigner. L’objet de l’émulation est donc un bien mis en œuvre, pas le prestige d’un titre ou d’un compte bancaire.
Si la générosité d’une personne vous impressionne, cherchez ce que vous pouvez donner selon vos moyens. Si vous admirez son savoir, demandez comment apprendre et commencez une étude adaptée.
À lire aussi : prendre un chemin pour chercher le savoir.
Aimer pour son frère le bien que l’on aime pour soi
Le contexte du récit
Anas ibn Malik rapporte cette parole du Prophète ﷺ sur la foi et le bien que l’on souhaite à son frère.« Aucun de vous ne croit jusqu’à ce qu’il aime pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. »
Lire le texte arabe
لا يُؤْمِنُ أَحَدُكُمْ حَتَّى يُحِبَّ لأَخِيهِ مَا يُحِبُّ لِنَفْسِهِ
Comprendre ce hadith
La parole appelle à une foi accomplie qui inclut le désir du bien pour l’autre. Elle ne sert pas à déclarer hors de l’islam une personne traversée par l’envie. Elle demande de regarder ce que l’on souhaite réellement : le soulagement, la sécurité et les possibilités que j’aime pour moi deviennent-ils difficiles à accepter lorsqu’un autre les reçoit ?
Féliciter un proche pour une réussite, transmettre une occasion utile ou invoquer Allah pour son bien sont des manières de travailler ce souhait. Ces gestes ne suppriment pas forcément toute comparaison immédiatement. Ils empêchent cependant de faire de la frustration une raison de nuire ou de retenir un bien que l’on pouvait partager.
En pratique
- Une réussite vous donne envie de rabaisser quelqu’unRetenez la remarque dévalorisante et nommez honnêtement ce que cette personne a accompli.Relire l’interdiction de l’envie
- Vous admirez une personne généreuse ou savanteChoisissez un don à votre portée ou un apprentissage que vous pouvez commencer.Lire les deux exemples d’émulation
- Vous pouvez aider un proche à progresserTransmettez-lui l’information utile sans la retenir pour garder une avance.Relire le bien souhaité à son frère
Sources
- Sahih al-Bukhari · 6064Ne pas laisser l’envie abîmer la relation
- Sahih al-Bukhari · 73Désirer accomplir le même bien sans priver l’autre
- Sahih al-Bukhari · 13Aimer pour son frère le bien que l’on aime pour soi