6 hadiths sur les paroles
et la médisance
Distinguer la médisance de la calomnie, choisir une parole utile et préserver les autres sans se taire devant l’injustice.

Une remarque sur un collègue absent, une confidence répétée en famille, un message transféré sans vérification : les paroles peuvent faire du tort bien après la fin d’une conversation.
Est-ce de la médisance quand ce que l’on raconte est vrai ? Faut-il se taire lorsqu’une personne subit une injustice ? Comment réparer une accusation fausse ? Ces six hadiths authentiques, rapportés par al-Bukhari et Muslim, permettent de distinguer ces situations.
Sommaire de l’article
Ce que je vais dire est-il utile ou blessant ?
Le contexte du récit
Abu Hurayra rapporte un enseignement du Messager d’Allah ﷺ qui réunit trois comportements : ne pas nuire à son voisin, honorer son invité et veiller à ses paroles. Voici le dernier de ces conseils :« Que celui qui croit en Allah et au Jour dernier dise du bien ou se taise. »
Lire le texte arabe
وَمَنْ كَانَ يُؤْمِنُ بِاللَّهِ وَالْيَوْمِ الآخِرِ فَلْيَقُلْ خَيْرًا أَوْ لِيَصْمُتْ
Comprendre ce hadith
Le Prophète ﷺ recommande d’abord de dire du bien. Le silence est l’autre choix, lorsque ce que l’on s’apprête à dire n’apporte rien de bon.
Avant une réponse vive, vous pouvez prendre le temps de vous demander ce que votre phrase va apporter. Sert-elle à expliquer un désaccord, demander quelque chose ou aider ? Ou cherche-t-elle surtout à atteindre la personne ? Remplacer « tu ne fais jamais rien correctement » par une demande précise permet de parler du problème sans réduire l’autre à un défaut.
Cette retenue ne signifie pas qu’il faudrait renoncer à une conversation difficile. Une parole ferme peut être nécessaire pour poser une limite ou faire cesser un tort.
Si vous cherchez quoi dire lorsque la colère monte, retrouvez l’invocation enseignée pendant une dispute.
Une parole vraie peut être de la médisance
Le contexte du récit
Abu Hurayra raconte que le Messager d’Allah ﷺ demande à ses compagnons s’ils savent ce qu’est la médisance. Ils répondent qu’Allah et Son Messager savent mieux. Il la définit comme le fait de mentionner son frère d’une manière qu’il n’aime pas. On lui demande alors ce qu’il en est si le défaut évoqué existe réellement chez ce frère. Il répond :« Si ce que tu dis se trouve en lui, tu as médit de lui ; et si cela ne se trouve pas en lui, tu l’as calomnié. »
Lire le texte arabe
إِنْ كَانَ فِيهِ مَا تَقُولُ فَقَدِ اغْتَبْتَهُ وَإِنْ لَمْ يَكُنْ فِيهِ فَقَدْ بَهَتَّهُ
Comprendre ce hadith
La médisance, appelée ghība en arabe, ne se définit donc pas par le mensonge. Dire « mais c’est vrai » ne suffit pas à justifier une conversation sur les défauts d’une personne absente. La calomnie ajoute l’accusation fausse : on attribue à quelqu’un ce qui ne se trouve pas chez lui.
Avant de raconter un fait, posez deux questions : est-il vrai, et à quoi sert-il de le raconter ? Un détail exact peut être utilisé pour se moquer de quelqu’un. Transférer une capture d’écran pour faire rire à ses dépens expose aussi ce qu’il aurait voulu garder privé.
Lorsque la conversation dérive, une réponse simple peut suffire : « Nous n’avons pas besoin de raconter cela pour régler la situation. » Vous pouvez aussi changer de sujet sans reprendre ni détailler les propos déjà tenus. S’il y a un tort à signaler, adressez-vous à quelqu’un qui peut intervenir, plutôt qu’à tout un groupe.
S’habituer à dire la vérité, éviter de s’habituer au mensonge
Le contexte du récit
‘Abdullah ibn Mas‘ud rapporte une parole du Prophète ﷺ qui décrit deux chemins : la véracité conduit à la droiture puis au Paradis ; le mensonge conduit à la perversité puis au Feu. Le texte évoque aussi la répétition : à force de dire vrai, une personne devient véridique ; à force de mentir, elle est inscrite auprès d’Allah comme menteuse.« La véracité conduit à la droiture, et la droiture conduit au Paradis. »
Lire le texte arabe
إِنَّ الصِّدْقَ يَهْدِي إِلَى الْبِرِّ، وَإِنَّ الْبِرَّ يَهْدِي إِلَى الْجَنَّةِ
Comprendre ce hadith
Le hadith invite à regarder une habitude, au-delà d’une phrase isolée. Exagérer pour gagner un débat, transformer une impression en certitude ou répéter une accusation sans en connaître l’origine abîme la confiance.
Vous pouvez distinguer explicitement ce que vous avez vu de ce que quelqu’un vous a raconté. « Je ne sais pas », « je me suis trompé » ou « je n’ai pas vérifié » sont des réponses utiles. Elles évitent de donner à une supposition l’autorité d’un fait. Avant de transmettre un message qui met une personne en cause, retrouver sa source peut conduire à décider de ne pas le partager.
Une information vraie peut pourtant relever de la médisance, comme l’explique le hadith précédent. Vérifier un fait ne suffit donc pas : il faut aussi se demander pourquoi on le raconte.
À lire aussi : prendre l’habitude de dire vrai.
Une bonne parole est déjà une aumône
Le contexte du récit
Abu Hurayra rapporte que le Messager d’Allah ﷺ enseigne qu’une aumône est due chaque jour pour chaque articulation. Il cite plusieurs actes : rendre justice entre deux personnes, aider quelqu’un avec sa monture, marcher vers la prière et retirer ce qui nuit sur le chemin. Parmi ces formes de bien, il mentionne aussi la parole :« La bonne parole est une aumône. »
Lire le texte arabe
وَالْكَلِمَةُ الطَّيِّبَةُ صَدَقَةٌ
Comprendre ce hadith
Le Prophète ﷺ compte la bonne parole parmi les aumônes, aux côtés de services comme aider quelqu’un avec sa monture. On peut donc donner sans dépenser d’argent.
Remercier quelqu’un pour un service ou encourager un enfant qui a fait un effort sont des exemples de bonnes paroles. À une personne éprouvée, vous pouvez proposer : « Je peux t’accompagner à ce rendez-vous si tu le souhaites. »
Une bonne parole reste sincère. Elle n’a pas besoin d’une flatterie excessive ni d’une promesse que l’on ne tiendra pas.
Aider son frère peut demander d’arrêter son injustice
Le contexte du récit
Anas ibn Malik rapporte que le Messager d’Allah ﷺ demande d’aider son frère, qu’il soit injuste ou victime d’injustice. Les personnes présentes comprennent l’aide à la victime, mais demandent comment aider celui qui commet l’injustice. Le Prophète répond :« En l’empêchant de commettre l’injustice. »
Lire le texte arabe
تَأْخُذُ فَوْقَ يَدَيْهِ
Comprendre ce hadith
L’aide fraternelle ne revient pas à approuver tout ce que fait un proche. Empêcher son injustice est aussi une manière de l’aider.
Ne faites donc pas du conseil « dire du bien ou se taire » un moyen de faire taire une personne blessée. Elle peut avoir besoin de raconter des faits pour être écoutée, protégée ou accompagnée. Écoutez ce qu’elle rapporte et cherchez avec elle quelqu’un qui peut l’aider. Ne faites pas circuler son histoire auprès de personnes qui n’ont pas à la connaître.
Si un proche humilie quelqu’un devant vous, vous pouvez lui demander d’arrêter et soutenir la personne visée. Quand intervenir directement risque d’aggraver la situation, chercher un relais capable d’agir est une autre démarche.
Prendre au sérieux le tort fait à la réputation
Le contexte du récit
Abu Hurayra rapporte un avertissement du Messager d’Allah ﷺ à celui qui a lésé quelqu’un dans son honneur ou dans autre chose. Le Prophète appelle à rechercher le pardon dès cette vie. Il explique ensuite qu’au Jour du jugement les bonnes actions pourront être prises en compensation du tort ; à défaut, les mauvaises actions de la personne lésée seront chargées sur l’auteur de l’injustice.« Que celui qui a fait du tort à quelqu’un dans son honneur ou dans autre chose lui en demande pardon aujourd’hui, avant qu’il n’y ait plus ni dinar ni dirham. »
Lire le texte arabe
مَنْ كَانَتْ لَهُ مَظْلَمَةٌ لأَحَدٍ مِنْ عِرْضِهِ أَوْ شَىْءٍ فَلْيَتَحَلَّلْهُ مِنْهُ الْيَوْمَ، قَبْلَ أَنْ لاَ يَكُونَ دِينَارٌ وَلاَ دِرْهَمٌ
Comprendre ce hadith
Si vous avez répété une accusation fausse, cessez de la diffuser et avertissez ceux qui l’ont reçue qu’elle était fausse. Regretter en silence ne corrige pas ce qu’ils croient encore à cause de votre message.
Lorsque la personne connaît les paroles qui l’ont blessée, des excuses claires peuvent reconnaître votre responsabilité sans lui demander de minimiser sa peine : « Ce que j’ai dit était injuste. Je le regrette et je vais le corriger. » Son pardon ne se commande pas, et une excuse ne donne pas le droit d’exiger immédiatement sa confiance.
Si elle ignore les propos, les modalités de la réparation demandent de la prudence : lui répéter tous les détails pourrait lui infliger une blessure supplémentaire. Pour cette situation, demandez un conseil religieux compétent et adapté. Vous pouvez déjà mettre fin au tort et corriger les propos faux que vous avez diffusés.
Bukhari 2449 est aussi expliqué dans le guide sur le repentir et les droits de la personne lésée.
En pratique
- Une conversation dérapeÉviter d’ajouter un détail sur une personne absente et proposer de revenir au problème à résoudre.Relire la définition de la médisance
- Vous hésitez avant d’envoyerAvant de transmettre une accusation, vérifiez d’où elle vient. Distinguez ce que vous avez vu de ce que quelqu’un vous a raconté.Relire le hadith sur la vérité
- Une personne subit un tortL’écouter et chercher avec elle une aide appropriée, sans transformer sa situation en sujet de conversation.Lire le hadith sur l’aide
- Vous avez blessé quelqu’unArrêter la diffusion, reconnaître le tort et entreprendre une réparation adaptée.Lire le rappel sur la réparation
Sources
- Sahih al-Bukhari · 6018Dire du bien ou se taire
- Sahih Muslim · 2589Médisance ou calomnie ?
- Sahih al-Bukhari · 6094Cultiver la vérité
- Sahih al-Bukhari · 2989La bonne parole
- Sahih al-Bukhari · 2444Parler face à l’injustice
- Sahih al-Bukhari · 2449Réparer une parole blessante