3 hadiths sur la pudeur en islam (haya)
Le lien entre pudeur et foi, la retenue devant le mal et la différence entre pudeur et peur de parler : trois hadiths expliqués.

Le mot arabe haya, souvent traduit par « pudeur », désigne une retenue qui détourne de ce qui est mauvais ou déshonorant. Cette qualité ne se mesure pas au nombre de paroles prononcées. Une personne réservée peut avoir besoin d’aide pour poser une question ; une personne à l’aise en public peut, elle aussi, retenir une parole blessante.
Les deux premières paroles prophétiques présentent la valeur de la pudeur. Le troisième récit montre un jeune homme qui connaît une réponse mais n’ose pas la donner, puis rapporte la réaction de son père. Il aide à distinguer le respect d’autrui de l’effacement dans un lieu d’apprentissage.
Sommaire de l’article
Ne pas reprocher à quelqu’un sa pudeur
Le contexte du récit
‘Abdullah ibn ‘Umar raconte que le Messager d’Allah ﷺ passe près d’un homme des Ansar qui fait des reproches à son frère au sujet de sa pudeur. Le Prophète intervient en faveur de celui qui reçoit ces reproches :« Laisse-le, car la pudeur fait partie de la foi. »
Lire le texte arabe
دَعْهُ فَإِنَّ الْحَيَاءَ مِنَ الإِيمَانِ
Comprendre ce hadith
Le Prophète ﷺ demande à l’homme de cesser de reprocher sa pudeur à son frère. Le récit ne traite donc pas cette retenue comme un défaut à corriger.
Dans un groupe, cette attention peut commencer par l’arrêt des moqueries : ne pas pousser quelqu’un à raconter ce qu’il souhaite garder pour lui, ne pas tourner en dérision son refus de participer à une plaisanterie déplacée. Respecter sa réserve lui permet de rester présent sans devoir adopter les habitudes du groupe.
Le texte n’autorise pas pour autant à mesurer la foi d’une personne à son embarras visible. Parler avec assurance, poser une question ou exprimer un désaccord ne prouve pas un manque de pudeur. Ce qui compte ici est la qualité morale défendue, pas une manière unique de se tenir devant les autres.
La pudeur retient de ce qui fait du tort
Le contexte du récit
Abu as-Sawwar al-‘Adawi rapporte avoir entendu ‘Imran ibn Husayn citer le Prophète ﷺ. Après cette citation, Bashir ibn Ka‘b évoque ce qu’il a lu dans un écrit de sagesse ; ‘Imran rappelle qu’il transmet, lui, une parole du Messager d’Allah. La parole prophétique citée est :« La pudeur n’apporte que du bien. »
Lire le texte arabe
الْحَيَاءُ لاَ يَأْتِي إِلاَّ بِخَيْرٍ
Comprendre ce hadith
Retenir une insulte ou renoncer à une plaisanterie qui humilie quelqu’un sont des exemples de pudeur qui empêchent de faire du tort. Le mot ne désigne pas toute forme d’embarras.
À l’inverse, avoir peur de demander une explication ne rend pas l’ignorance préférable. Le mot français « honte » peut désigner des expériences différentes : la gêne devant une faute, mais aussi l’embarras de parler ou de ne pas savoir. Les confondre ferait passer tout silence pour une qualité.
Il n’est pas davantage nécessaire de cacher un tort subi au nom de la pudeur. Demander de l’aide à une personne de confiance ne revient pas à rechercher l’indécence. La retenue devant le mal ne doit pas être retournée contre celui qui cherche à en être protégé.
À lire aussi : corriger une erreur sans humilier la personne.
Ibn ‘Umar connaît la réponse mais n’ose pas parler
Le contexte du récit
Ibn ‘Umar raconte que le Prophète ﷺ compare le croyant à un arbre vert qui ne perd pas ses feuilles. Les personnes présentes proposent plusieurs arbres. Ibn ‘Umar pense au palmier, mais sa jeunesse le retient de répondre. Il décrit lui-même cet instant :« Je voulais dire : « C’est le palmier. » Mais j’étais un jeune garçon et j’ai éprouvé de la gêne. »
Lire le texte arabe
فَأَرَدْتُ أَنْ أَقُولَ هِيَ النَّخْلَةُ. وَأَنَا غُلاَمٌ شَابٌّ فَاسْتَحْيَيْتُ
Comprendre ce hadith
Le Prophète ﷺ donne ensuite la réponse : il s’agit du palmier. Dans la suite du récit, Ibn ‘Umar raconte l’épisode à son père. ‘Umar lui dit qu’il aurait préféré qu’il réponde, plutôt que de posséder telle ou telle chose. Son père valorise donc la participation qu’il n’avait pas osé prendre.
Cette suite empêche de transformer l’embarras du jeune homme en règle imposant aux plus jeunes de se taire. On peut respecter les personnes présentes et proposer une réponse. Pour celui qui enseigne, laisser un temps de réflexion et accueillir une tentative sans moquerie rend cette participation plus facile.
La même attention aide à poser une question. Vous pouvez la préparer par écrit, demander un moment à la fin du cours ou dire précisément : « Je comprends cette partie, mais pas la suivante. » Ces moyens pratiques permettent de chercher une explication sans se forcer à parler longuement devant tout le monde.
Si vous accompagnez une personne réservée, lui laisser le choix de parler ou d’écrire sera souvent plus utile que lui ordonner de ne plus être timide. L’objectif est qu’elle puisse apprendre, pas qu’elle adopte le tempérament de quelqu’un d’autre.
À lire aussi : chercher une compréhension réelle de la religion.
En pratique
- Une plaisanterie vous met mal à l’aiseVous pouvez refuser d’y prendre part sans raconter ce que vous préférez garder pour vous.Lire l’intervention du Prophète
- Vous avez une question pendant un coursNotez-la et choisissez un moment ou un moyen qui vous permet réellement d’obtenir une réponse.Lire le récit du jeune Ibn ‘Umar
- Vous enseignez à une personne réservéeLaissez-lui le temps de réfléchir et proposez de recevoir sa question par écrit.Relire la réaction de ‘Umar
Sources
- Sahih al-Bukhari · 24Ne pas reprocher à quelqu’un sa pudeur
- Sahih al-Bukhari · 6117La pudeur retient de ce qui fait du tort
- Sahih al-Bukhari · 6122Ibn ‘Umar connaît la réponse mais n’ose pas parler